Saint-Jean-des-Piles
Histoire

Bien avant l’arrivée des Blancs, les autochtones de la région nommaient ce coin de pays Achawenekane, qui signifie en langue atikamekw « portage sur la crête ». Ce nom faisait référence à la chute qu’ils devaient surmonter par les rochers pour poursuivre leur voyage sur la rivière Saint-Maurice.


1651-1652 - Expéditions du Père Buteux
1828-1879 - Arrivée des premiers colons
1890-1899 - Début de l’industrialisation
1900-1929 - Les villes se multiplient
1948-2002 - Consolidation du territoire


1651-1652
EXPÉDITIONS DU PÈRE BUTEUX


Il faut remonter au milieu du 17e siècle pour retrouver les premiers Européens à avoir foulé le territoire actuel de la Ville de Shawinigan. Il s’agit en fait de deux célèbres et tragiques expéditions menées par le père jésuite Jacques Buteux.

Le 27 mars 1651, le père Buteux quitte la Mission des Trois-Rivières en compagnie de trois Français et de quarante Amérindiens pour aller évangéliser les Atikamekw dans le haut-Saint-Maurice. Il est le premier à décrire la chute Shawinigan, le rapide des Hêtres et la chute de la Grand-Mère.

L’année suivante, il organise une seconde expédition qui lui sera fatale. Parti des Trois-Rivières, il est victime d’une embuscade par les Iroquois lors d’un portage le 10 mai 1652. Le père Buteux succombe à ses blessures. L’endroit exact n’est pas clairement défini, mais il semble que ce soit à l’un de ces trois endroits : le portage de la chute de la Grand-Mère, celui du rapide des Hêtres ou encore le portage de la chute Shawinigan.




1828-1879
ARRIVÉE DES PREMIERS COLONS


Pendant le 18e siècle, le territoire de Shawinigan est peu visité et peu exploité.

Mais en juillet 1828, l’arpenteur Joseph Bouchette entreprend une vaste expédition pour le compte du gouvernement du Bas-Canada. Il part des Trois-Rivières pour remonter le cours du Saint-Maurice. Il est mandaté pour faire des relevés du vaste territoire des bassins de l’Outaouais, de la Saint-Maurice et du Saguenay.

À la suite de ses travaux, des subdivisions du territoire sont réalisées. En 1846, le Canton de Shawenegane est ouvert à la colonisation.
 
Toutefois, le véritable début d’une occupation permanente du territoire et de l’exploitation de ses ressources aura lieu en 1851. Sur la recommandation de l’ingénieur John Frobisher, la Chambre d’assemblée de la province du Canada vote une somme de 40 000 $ pour l’aménagement de la rivière Saint-Maurice afin de favoriser le flottage du bois. L’année suivante débutent les travaux d’aménagement aux chutes Shawinigan et de la Grand-Mère. La même année, on ouvre le « poste des Piles » pour la coupe de bois.

Théophilus Rickaby, le premier maire de Sainte-Flore, opérait un moulin sur le site de la chute à Beaupré dès 1855.
 

C’est bien connu, la colonisation du territoire suit la route des chemins forestiers. En 1856, on procède à l’ouverture du Chemin des Piles à partir du 4e Rang de Saint-Boniface jusqu’en haut de la chute des Petites Piles. Cette première route construite sur le territoire de Shawinigan empruntait le tracé actuel de la rue de la Montagne (secteur Shawinigan), de la 50e Avenue et du Chemin du Parc national (secteur Grand-Mère) ainsi que de la rue Principale (secteur Saint-Jean-des-Piles).

Les premiers colons ne tardent pas à s’établir si bien que, six ans plus tard, le 27 octobre 1862, on procède à l’érection canonique de la paroisse de Sainte-Flore. Ce sera rapidement suivi par la fondation du Village de Sainte-Flore le 17 janvier 1863. Et, le 29 janvier, on va élire Théophilus Rickaby, premier maire du nouveau village.
 
À la même époque, vers 1870, certains colons empruntent des rangs perpendiculaires au Chemin des Piles pour s’établir dans ce qui deviendra le secteur de Saint-Gérard-des-Laurentides.
Sur la rive est de la rivière Saint-Maurice, la colonisation commence aussi à s’étendre vers le nord. Et c’est en 1879 que débute de l’extraction du minerai de fer dans le secteur du Lac-à-la-Tortue. Cette activité attire les colons et le clergé, de sorte que trois ans plus tard, en 1882, la première messe est célébrée à la Mission du Lac-à-la-Tortue, dans la gare, par le curé de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, l’abbé Théophile Sicard de Carufel.  
 
Fondé en 1863, le village de Sainte-Flore est le plus ancien établissement sur le territoire de la Ville de Shawinigan.




1890-1899
DÉBUT DE L’INDUSTRIALISATION


Pendant ce temps, un industriel montréalais travaille sans relâche pour établir la première industrie sur notre territoire. Après de nombreuses années d’efforts pour réunir le capital nécessaire, il réalise son rêve avec la Laurentide Pulp Co. En cette année de 1890, près de la chute de la Grand-Mère, l’industriel John Forman met en marche une usine de pulpe de bois actionnée par une turbine de 5000 chevaux vapeur.

 Pour acheminer sa production, il doit établir un traversier et charger les voitures à chevaux jusqu’à la gare du Lac-à-la-Tortue. D’ailleurs, le 21 décembre 1894, la paroisse de Saint-Théophile du Lac-à-la-Tortue se détache de Mont-Carmel. Trois mois plus tard, le 25 mars 1895, c’est la fondation du Village de Saint-Théophile du Lac-à-la-Tortue. On assiste alors à l’élection du premier maire, Onésime L’Heureux.

C’est autour de l’usine naissante de la Laurentide Pulp Co. que va se développer, à la fin du 19e siècle, le village de Grand-Mère. 

Le développement de ce village sur la rive est de la chute de la Grand-Mère va précipiter les actions sur la rive ouest. Une première messe est célébrée dans une petite chapelle de la Mission de la Grand-Mère en 1896.

Un peu plus au nord, juste en haut des rapides des Petites Piles, la vie communautaire s’organise autour des chantiers. Le 15 mars 1897, on assiste à la fondation de la paroisse de Saint-Jean-des-Piles. 

C’est dans la gare que fut célébrée la première messe de la Mission du Lac-à-la-Tortue en 1895. 
 
Toujours en 1897, un événement va marquer un tournant historique. Le 29 octobre, un Américain de Boston, John Joyce, achète, de la Province de Québec, les droits d’exploitation hydroélectrique de la rivière Saint-Maurice pour 50 000 $ avec l’obligation d’investir 100 000 $ pour la construction d’une centrale en 18 mois et d’investir 2 000 000 $ supplémentaires au cours des 30 mois subséquents.

Les événements se précipitent.

Située sur la rive ouest de la rivière Saint-Maurice, Saint-Jean-des-Piles va connaître une forte activité liée à la coupe forestière dès 1897.  
 
Le même jour, en ce 15 janvier 1898, le Village de Grand-Mère est fondé et, quelque part dans un hôtel de Montréal, trois financiers américains, John Joyce, H.H. Melville et J. Edward Aldred procèdent à l’incorporation de la Shawinigan Water and Power.

Puis, le 23 avril 1898, un autre village est créé et on assiste à l’élection de Isidore Giguère, le premier maire de Saint-Jean-des-Piles. Le 19 mai suivant, c’est l’élection de François Normandin, le premier maire de Grand-Mère.
 
L’activité commerciale de Grand-Mère s’est
d’abord développée le long de la rue
Sainte-Catherine, devenue aujourd’hui la 6e Avenue.
Rapidement, les nouvelles de la construction d’ouvrages hydroélectriques près de la chute Shawinigan suscitent l’intérêt. Avec des partenaires, puis ensuite seul maître à bord, le capitaine Jos Veilleux achète, en 1899, un traversier pour relier les rives est et ouest de la rivière Saint-Maurice en amont des chutes. Il va opérer le Marie-Louise jusqu’en 1913.

Le 17 février, la Shawinigan Water and Power achète de l’industriel John Forman la Pointe à Bernard sur la rive ouest des chutes, ce qui deviendra le cœur du village de Shawinigan Falls. Au début de l’automne, le 17 septembre 1899, une première messe est célébrée à la Mission des Chutes (qui deviendra Baie-de-Shawinigan) dans le haut du magasin de Maximin Dessureault.

C’est ainsi que, sur le territoire de la Ville de Shawinigan, le 19e siècle se termine sur un élan prometteur d’un avenir toujours meilleur. 

Les premiers « touristes » visitent la chute Shawinigan à la fin du 19e siècle.
 



1900-1929
LES VILLES SE MULTIPLIENT

Alors premier ministre canadien, Sir Wilfrid Laurier déclarait que « le 20e siècle sera celui du Canada ». On peut affirmer que notre ville aura été à l’image de ce pays.

 
Le 28 avril 1901, le Village de Shawinigan Falls est officiellement fondé et, le 23 mai, on assiste à l’élection de Vivian Burrill, le premier maire. Le 22 octobre suivant, le premier lingot d’aluminium produit au Canada sort des cuves d’électrolyse de l’usine construite par la Pittsburgh Reduction à Shawinigan Falls.

Six ans plus tard, le 27 août 1907, le Village de la Baie-de-Shawinigan est créé et, le 8 octobre, on procède à l’élection du maire Joseph Arthur Houle.

C’est ici, en 1901, à l’usine de la Pittsburgh Reduction, que sera coulé le premier lingot d’aluminium au Canada. 
 


Il faudra attendre jusqu’en 1912 pour que les colons qui habitent la rive est de la rivière Saint-Maurice, en haut de la chute Shawinigan, se détachent du Village de Mont-Carmel. Le 18 mars, ils fondent le Village d’Almaville et élisent leur premier maire, Omer Landry. 

Située sur le bord de la rivière Shawinigan, juste en face de Baie-de-Shawinigan, l’usine Belgo va commencer sa production de pâte dès 1902. 
 
L’année suivante, le 24 juin 1913, c’est l’inauguration des ponts entre Shawinigan Falls et Almaville.

Parallèlement à ces intenses activités sur les rives de la Saint-Maurice, le secteur du Lac-à-la-Tortue poursuit son développement un peu plus à l’est de sorte que, le 17 décembre 1915, le village Turcotte est fondé.

En 1916, on va élire James Mongrain, le premier maire de Turcotte et, le 28 mai 1917, au même endroit, est fondée la paroisse de Saint-Georges. Cette appellation sera officialisée dès 1919 dans les registres civils lorsque le village de Turcotte change de nom pour Saint-Georges-de-Champlain.

Le village d’Almaville s’est développé sur la rive est de la rivière Saint-Maurice, en amont de la chute Shawinigan. 

 C’est en cette année de 1919 que le Lac-à-la-Tortue s’inscrira dans l’histoire de l’aviation civile avec l’établissement du premier aéroport commercial au Canada.

L’année 1923 verra la naissance d’un village éphémère en périphérie de Shawinigan Falls. Le 25 septembre, un groupe de résidents fonde le premier village de Shawinigan-Est. Le 19 novembre, ils vont élire leur premier maire, Omer Beaulieu.

Puis, plus de 50 ans après l’établissement des premiers colons sur son territoire, la paroisse de Saint-Gérard voit le jour le 6 décembre 1923. Ce sera suivi quelques mois plus tard, le 24 avril 1924, par la création du Village de Saint-Gérard-des-Laurentides et par l’élection de son premier maire, Liguory Berthiaume, le 6 octobre suivant.

Puis, le 13 février 1925, se termine la brève aventure du premier village de Shawinigan-Est avec son annexion à la ville de Shawinigan Falls.
Le pont de Grand-Mère va grandement
contribuer au développement du village de
Saint-Georges de Champlain.

 
Au mois de mai 1929, on inaugure un nouveau lien entre les rives de la rivière Saint-Maurice. C’est l’inauguration du pont suspendu de Grand-Mère, un ouvrage toujours en service qui a constitué une première en ingénierie au Canada. Il a été construit par la Laurentide Pulp and Paper, mais c’est la ville de Grand-Mère qui a déboursé les 400 000 $ nécessaires à sa réalisation. Le péage a été aboli en 1944.

Inauguré en 1929, le pont suspendu de Grand-Mère a constitué une première en ingénierie au Canada. 




1948-2002
CONSOLIDATION DU TERRITOIRE

En 1948, le petit village d’Almaville a des aspirations de grande ville et, le 9 septembre, à la suite de la fusion des paroisses Notre-Dame-de-la-Présentation et Sainte-Jeanne-d’Arc, on adopte officiellement le nom de Ville de Shawinigan-Sud.

De l’autre côté de la rivière Saint-Maurice, la périphérie de Shawinigan Falls se dote encore une fois d’un conseil municipal. Le 4 décembre 1952, on assiste à la fondation du deuxième village de Shawinigan-Est. Juste après les Fêtes, le 21 janvier 1953, Me Alexandre Gélinas devient le premier maire du deuxième village de Shawinigan-Est.

Mais cette aventure municipale est tout aussi éphémère que celle de 1923-1925 puisqu’à peine quatre ans plus tard, le 3 septembre 1957, on assiste à l’annexion du deuxième village de Shawinigan-Est à la ville de Shawinigan Falls.

Et c’est l’année suivante, le 5 février 1958, à la suite d’une demande de la Société Saint-Jean-Baptiste, que Québec adopte la loi qui élimine le mot Falls du nom de la Ville de Shawinigan.

Au cours des années soixante, le développement urbain s’intensifie à un point tel qu’on assistera, le 28 mars 1970, à l’annexion du village de Sainte-Flore à la ville de Grand-Mère. Il aura fallu près d’un siècle pour que la petite mission située sur les rives de la chute de la Grand-Mère englobe le village qui l’a vue naître.

Un peu moins de vingt ans plus tard, le 2 septembre 1998, ce sera au tour de Baie-de-Shawinigan de s’annexer à la Ville de Shawinigan. Dans ce cas-ci, c’est la petite Mission des Chutes qui joint les rangs de la grande ville.

Cette annexion aura précédé d’à peine quatre ans le plus important regroupement municipal à survenir sur notre territoire.

Le 1er janvier 2002, le gouvernement du Québec décrétait la fusion des municipalités de Grand-Mère, Shawinigan, Shawinigan-Sud, Saint-Jean-des-Piles, Saint-Georges-de-Champlain, Lac-à-la-Tortue et Saint-Gérard-des-Laurentides sous le nom de Ville de Shawinigan.